Le Voyage d’Hiver de Franz Schubert n’en finit pas de nous interpeller. Pour son interprète, c’est  un objet de désir et de fascination, et une véritable pierre angulaire de son oeuvre. Par sa beauté sombre, empreinte en même temps d’une lumière et d’une tendresse toute particulière, il occupe une place bien à elle dans l’histoire du Lied.
 

« …und mit einem Herzen voll unendlicher Liebe
für die, welche sie verschmähten,
wanderte ich in ferne Gegend.
Jahre lang fühlte ich den größten Schmerz
und die größte Liebe mich zerteilen. (…)
Lieder sang ich nun lange lange Jahre.
Wollte ich Liebe singen, ward sie mir zum Schmerz.
Und wollte ich wieder Schmerz nur singen, ward er mir zur Liebe.
So zerteilte mich die Liebe und der Schmerz. »*
Schubert, Mein Traum, manuscrit, 3 juillet 1822


« Avec un coeur empli d’un amour infini
pour ceux qui le méprisent,
je voyageai en contrée lointaine.
Des années durant, je sentais la plus grande souffrance
et le plus grand amour me déchirer. (…)
Maintes et maintes années, je chantais des chants.
Sitôt que je voulais chanter l’amour, il se transformait en souffrance,
et lorsque je voulais chanter à nouveau la souffrance, elle se transformait en amour.
Ainsi me déchiraient l’amour et la souffrance. »


 

Cette interpénétration entre l’amour, ou ce que l’on ressent comme une lumière dans la musique de Schubert, et la souffrance, est très caractéristique de Winterreise. C’est ce qui rend le cycle si poignant. Composé par Schubert en 1827 sur des poèmes de Wilhelm Müller, un an avant la mort du compositeur, il est enveloppé d’une aura mystique, due pour partie aux conditions dans lesquelles Schubert, malade, écrit le cycle, mais aussi au caractère dénudé, sobre, et à la densité dramatique des vingt-quatre lieders, majoritairement composés en tonalités mineures et aux apparitions majeures ô combien déchirantes.

Le jeune compositeur, alors âgé de tout juste trente-et-un ans, rêve de de cheveux gris, de mort et de libération et nous entraîne dans un long voyage dont on ne connaît que des bribes d’explications. La nature omniprésente, les rares apparitions animées, le rythme de marche incessante, tantôt angoissée, tantôt calme et nostalgique, tantôt funèbre, nous font entrer au plus profond de nous. Si défini dans ses obsessions, mais si mystérieux d’un loin de vue narratif concret, le Moi du Voyage d’Hiver se prête à de multiples interprétations. Amoureux éconduit, personnage suicidaire aspirant à se fondre dans la nature et à disparaître en elle, poète exilé d’un monde politique qui ne lui laisse aucune place ? Dépassant largement la simple intrigue amoureuse qui semble précéder le Voyage, écrit originellement pour voix de ténor, l’oeuvre a pu être interprétée tant par des femmes que par des hommes. Le Voyage d’Hiver est une initiation pour quiconque s’attelle à son interprétation ou vient l’entendre en concert. On ne ressort pas indemne du Voyage d’Hiver, on en ressort meilleur.


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Belinda Kunz et Jean-Dominique Burroni se produisent régulièrement en récital depuis 2008 à Paris et en province, en particulier au Festival d’Avignon. Ils explorent en particulier le répertoire romantique et la musique de Schubert, dont ils apprivoisent progressivement le Voyage d’Hiver depuis deux ans. Un enregistrement du cycle complet est prévu à Freiburg en Allemagne pour le printemps 2021 et auparavant, une tournée de concerts est organisée à partir de l’automne 2020. Père et fille, ils apportent à cette musique leurs regards respectifs, féminin et masculin, celui d’une jeune chanteuse presque du même âge que Schubert à l’époque où il compose le cycle, et d’un pianiste aguerri.

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Jean-Dominique Burroni, pianiste

Récitaliste et concertiste dès son plus jeune âge, il accompagne entre autres Maxime Tholance, Robert Fontaine, Alexandrina Miltcheva, Jean-Luc Chaignaud et plus récemment, le clarinettiste solo de l’orchestre de l’Opéra, Philippe Cuper.
Il entre à l’Opéra de Paris en 1983 comme pianiste et Chef de chant. À partir de 1994 il est également Chef assistant pour Maurizio Benini, Serge Baudo, Ivan Fischer, Jeffrey Tate, James Conlon, Gary Bertini, Ivelino Pido, Armin Jordan… puis, à partir de 2005, Chef de la Musique de Scène.
Il travaille à l’Opéra de Paris avec les chefs les plus prestigieux (Seiji Ozawa, Georges Prêtre, Alain Lombard, Jeffrey Tate, William Christie, John Pritchard, Myung Wung Chung, Armin Jordan…) et les grands chanteurs internationaux tout en continuant à l’extérieur sa carrière de pianiste et de chef d’orchestre. Il participe également en tant que soliste aux productions de l’Opéra (Stradella de César Franck, Le Tour d’Ecrou de Britten et Un Re in Ascolto de Berio). Il y participe aussi régulièrement à des récitals ou à des concerts de musique de chambre.

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